Inflation et hausse des prix 21:52 09/03/08
Je lis et j'entends souvent des gens qui mélangent les deux idées. La confusion est entretenue par les médias, qui présentent systématiquement l'indice des prix à la consommation de l'INSEE comme
un indice d'inflation.
Ce qui suit est une tentative d'explication par un non-professionnel de la profession.
1 - L'inflation représente la croissance de la masse monétaire. La mesure la plus couramment utilisée est la croissance du M3, un agrégat monétaire constitué de dépôts courants et de placement à
court et moyen terme, relativement liquides. La BCE publie tous les mois une évaluation de la masse monétaire en circulation :
http://www.ecb.int/press/pr/stats/md/html/index.en.html
Le M3 de la zone Euro s'élevait à 4290 milliards d'euros fin 98. Neuf ans plus tard, début 2008, il a plus que doublé à 8780 milliards d'euros.
Les raisons de la croissance du M3 de la zone euro sont les suivantes :
- Quand un pays rejoint la zone euro, la masse de liquidités s'accroît, puisque la masse monétaire de ce pays est intégrée à celle de la zone euro ;
- la croissance économique fait croître le M3 de la zone euro. En effet, les investissements sont financés par des prêts, c'est à dire la création de monnaie, dont le capital est remboursé au fur
et à mesure, avec destruction de la masse monétaire correspondante), et dont les intérêts restent en circulation. Si les investissements ont été rentables, alors la quantité de monnaie
correspondant aux intérêts reflète la croissance de l'économie.
- l'endettement des Etats fait croître le M3, pour les mêmes raisons. On suppose généralement (situation vertueuse) que les déficits étatiques correspondent à des investissements rentables à moyen
ou long terme, comme les dépenses de santé ou d'éducation.
- le déficit commercial des pays de la zone euro fait croître le M3. En effet, les échanges commerciaux fits dans différentes monnaies sont compensés par des institutions internationales, et le
solde est réglé par le pays débiteur dans une monnaie que son créditeur accepte. L'Euro est une grande monnaie généralement acceptée par tout le monde.
Dans une situation idéale (pas de déficits publics, balance commerciale équilibrée), l'inflation sur le long terme devrait donc suivre la croissance économique de la zone euro. Si l'une est plus
importante que l'autre, c'est qu'il y a déséquilibre entre les anticipations des investisseurs et la croissance réelle.
2 - La hausse des prix à la consommation est mesurée par le relevé d'un certain nombre de prix au détail dans les magasins, et synthétisé sous la forme d'un indice dont la structure est censée
représenter les dépenses d'un ménage moyen.
Le lien entre les deux idées, c'est que plus la masse monétaire en circulation est importante, et plus le prix que l'on doit payer pour acheter un objet donné augmente, à qualité constante.
Voici où réside la confusion : dans les périodes d'inflation chronique qui ont suivi la Seconde Guerre Mondiale, la forte croissance des économies des pays développés et les choix politiques des
Etats Providence permettaient une redistribution sur les salaires. A cette époque, les matières premières étaient bon marché, presque aucun pays du Tiers-Monde ne produisait de biens à valeur
ajoutée comparable à ce qui se faisait dans les pays développés. De plus, la moitié de l'humanité était tenue à l'écart des mécanismes de l'économie de marché par des choix politiques que je ne
discuterai pas ici. En gros, on tournait plus ou moins en circuit fermé. L'inflation provoquait la hausse des prix, les entreprises et les Etats augmentaient les salaires, et les prestations
sociales, ce qui faisait augmenter les coûts de production, et la boucle était bouclée. De plus, les pays en voie de développement n'avaient pas de main d'oeuvre bon marché à proposer comme
alternative à celle, toujours plus chère, des pays développés. L'économie tournant quasiment en circuit fermé, le mécanisme était finalement transparent à court terme. A long terme, la perte de
valeur nominale de la monnaie permettait à ceux qui avaient emprunté à taux bas de voir leurs dettes fondre pendant les poussées d'inflation. Finalement, comme la croissance économique était
importante, un prêteur pouvait se permettre de perdre de l'argent sur certains crédits et de se rattraper d'autres investissements.
Aujourd'hui, c'est fini. L'inflation liée à nos déficits commerciaux n'est plus compensée par notre croissance économique, les pays émergents disposent d'une main d'oeuvre relativement qualifiée de
plus en plus abondante, les géants démographiques comme l'Inde ou la Chine ont renoncé à l'économie marxiste et la pression sur les salaires est importante dans nombre de secteurs industriels,
voire dans les services. Sauf cas exceptionnels, aucun investisseur n'a intérêt à surpayer des gens dans les pays développés. De plus, beaucoup de pays développés sont arrivés, sous la pression de
la BCE, à équilibrer leurs comptes, en réduisant les dépenses publiques et les prestations sociales. L'inflation dans la zone euro est liée à des déficits commerciaux et à des investissements, mais
de moins en moins à la croissance économique réelle des pays qui en font partie.
Pire, la hausse des prix que nous voyons arriver n'est plus liée, comme dans les années 60-70, à une croissance économique couplée à un laxisme monétaire de la part des Etats, mais à
l'enrichissement de plusieurs centaines de millions d'individus dans les pays émergents. Et ces braves gens n'ont aucune raison de continuer à se faire payer avec des euros qu'il nous suffit de
créer en cliquant sur un bouton, si la quantité en circulation ne correspond plus aux fondamentaux économiques de la zone euro.
En d'autre termes, je ne crois pas un instant au retour à l'indexation des salaires sur les prix, et encore moins à l'allègement du poids des crédits par le retour à l'inflation galopante.